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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Epoque contemporaine, #Amour, #Violence, #Jalousie, #Amérique du Nord, #mort, #Enfance, #Adolescence
©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
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Quatre ans après la palme d’or reçue à Cannes pour The Tree of live, Terrence Malick nous propose un nouveau parcours labyrinthique avec Knight of cups.

Rien n’y manque de ce qui fait la marque de fabrique du réalisateur mais le foisonnement du film transforme le spectateur soit en partie intégrante d’une œuvre qui a fini par l’envelopper entièrement soit en témoin lambda d’une suite kaléidoscopique d’images symboliques.

Le cinéaste n’a effectivement pas lésiné sur les symboles pour nous évoquer les choix de vie. Rarement l’écran a été autant quadrillé par les obstacles de toute nature, des bambous aux tours en passant par les arbres, les portes, les encoignures transformant la vie en une piste de slalom. Si les arbres, refuge particulier de l’enfance, et les tours, leur pendant symbolique de l’âge adulte, parcouraient déjà The Tree of Live, leur usage dans Knight of cups relève davantage des embûches d’un jeu de l’oie version humaine.

Rarement également un film aura été autant traversé par les lignes, les flux : longues mais étroites routes droites, sinuosité des autoroutes, envol des avions, fuite des lignes à haute tension, inquiétants et rassurants carrefours, autant de possibilité de fuites, de tracés, de direction qui ne présentent jamais aucune possibilité de retour. Seuls les flash-back, seule la mémoire peut s’autoriser ces retours en arrière.

L’autre élément symbolique, l’eau dans laquelle les héros marchent, se baignent, retrouvent leur nudité originelle, fait office de parcours commun à tous les protagonistes quelle que soit leur origine, quelle que soit leur tranche de vie, quelle que soit leur histoire.

Pour mieux nous identifier à ces personnages en quête de sens, Terrence Malick ne nous en diffuse que quelques bribes à mesure que le film avance : bribes d’un conflit familial violent qui fait éclater les cadres, bribes de ruptures amoureuses. Le personnage principal a un père, un frère, autant d’éléments kaléidoscopiques et banals que le film révèle à la manière d’une photographie argentique, à la manière du magnifique autoportrait de Jonathan Caouette dans Tarnation.

Car le parti pris de mise en scène ici adopté confine à la mise en abyme, incitant le spectateur à se laisser porter, à suivre le film comme les personnages leur destin. La déferlante d’images qui jalonne le film ne lui laisse finalement que ce choix sauf à rester sur le bord de la route et à s’ennuyer en dehors. En fait, le film convient parfaitement aux spectateurs qui se laissent porter par une œuvre en ignorant délibérément les quelques lignes de synopsis trouvés et maintes fois recopiées dans tous les supports de communications. Le synopsis invitant le spectateur à suive un nouvel « Il était une fois… » avec un début, un milieu et une fin se révèle pour ce type de film plus un piège qu’une aide.

La forme particulière de Knight of cups enfin parachève l’impression. Plaçant les personnages dans autant de non-lieux (les garages à ciel ouvert, les quartiers d’affaires vides d’humanité, les aéroports, etc.) il les rend anonymes, en escamotant sciemment leurs conversations dont on ne suit que de bribes dans une sonorité assourdie. Ils sont autant de limbes sonores qu’il est loisible d’entendre dans les rêves, autant de traces effilochées des souvenirs. En escamotant les corps, en les transformant en anti-bustes le film rend compte des coups de la vie, en les emprisonnant sur les bords de l’écran le film les confronte à leur destin dont une partie est tracée, en jouant fortement sur les contre-plongées, le film rend ce destin écrasant, en filmant les scènes d’enfance au ras du sol, le film nous ramène vers notre perception de l’espace à nos différents âges.

Certains spectateurs regretteront le déferlement d’image, l’invasion symbolique, la multiplication des signes, d’autres en revanche penseront que Knight of cups, en dépit de sa surcharge, est un film maîtrisé, pesé, senti, en un mot que tout fait sens.

Knight of cups - Terrence Malick - Cinéma Mercury - Nice Knight of cups - Terrence Malick - Cinéma Mercury - Nice

Knight of cups - Terrence Malick - Cinéma Mercury - Nice

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