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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Opéra, #Musique, #Amour, #Jalousie, #Epoque moderne, #Europe
©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
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« De ce lieu et de ce jour date une nouvelle époque dans l'histoire du monde, et vous pourrez dire : J'y étais. » Ainsi s’exprime Goethe dans Campagne de France pour marquer Valmy que tous, sauf lui, s’accordent à voir comme un événement. A événement innovant et exceptionnel, effort supplémentaire et embarquement pour Toulouse et le Capitole pour voir Les Fiançailles au couvent de Sergueï Prokofiev, « Une commedia dell'arte en pleine Russie soviétique » dixit le programme. Créé le 3 novembre 1946 au Kirov Théâtre Mariinsky de Leningrad sur un livret de Mira Mendelson d’après le livret de l’opéra comique de Richard Brinsley Sheridan La Duègne ou le Double enlèvement écrit au XVIIIème siècle, l’opéra de Prokofiev n’est quasiment jamais donné, l’occasion était trop tentante.

D’après les récentes recherches scientifiques menée aux États-Unis, il semblerait que gène Tet1 est responsable de l’effacement des mauvais souvenirs, action que le gène en question réalise grâce au contrôle d’un petit groupe de gènes associés à la mémoire et à l’apprentissage. Visiblement, il sévissait du côté de Toulouse car quinze jours après Les Fiançailles au couvent, force est de constater que le gène Tet1 a fait son œuvre.

A force de reprendre, programmes, photos et critiques, quelques souvenirs reviennent en mémoire à commencer par le plateau vocal, de très haut niveau, avec une belle cohésion d’ensemble et un Orchestre national du Capitole dirigé par Tugan Sokhiev qui ne l‘est pas moins. La direction d’acteurs est d’ailleurs parfaite. John Graham-Hall, le ténor anglais, remplit son rôle à la perfection, jouant paradoxalement d’une certaine raideur britannique et d’une aisance scénique déjà constaté dans Peter Grimes à Nice. Mendoza (Mikhail Kolelishvili) forme avec lui un duo équilibré. Face à ce duo d’hommes, le duo féminin composé d’Anastasia Kalagina (Louisa) et Anna Kiknadze (Clara d’Almanza) est tout aussi crédible. Une duègne (Elena Sommer) qui en fait des tonnes (y compris physiquement) complète le plateau.

« En faire des tonnes » c’est exactement le qualificatif qui revient en mémoire avec la sur-accumulation du plateau. La scénographie comme la mise en scène de Martin Duncan est attrape-tout et à force de vouloir plaire à tout le monde et à personne, elle finit par s’effacer totalement des mémoires. Le travail de création du metteur en scène se lit sur le plateau : « et si je mettais des portes qui n’ouvrent sur rien ? », « Et si je faisais intervenir des danseurs ? », « Et si je mettais des poissons ? », « Et si je faisais intervenir des acrobates ? », « Et si je descendais un ponton ? », « Et si je faisais intervenir des jongleurs ? », « Et si je mettais des chaises en équilibre ? ». Au final, les chaises empilées ne servent à rien, les portes qui ne s’ouvraient sur rien et qui pouvaient constituer à elles seules un parti pris intéressant finissent par perdre sens, oubliées au milieu d’un fatras informe.

Certains voient dans cette débauche « suprématisme à la Malevitch » en passant par une « esthétique très Ballets russes » et « toutes sortes de clins d’œil visuels lorgnant du côté du théâtre ou du cinéma langien d’un Metropolis », « constructivisme et provocation à la Duchamp », « esthétique à la Chagall et un modernisme très contemporain » ou encore « univers de Fellini, Buñuel et Oury » (sic). Sauf qu’à faire référence… à toutes ces références, cela finit par ne faire référence à rien… exactement l'impression de départ… mais en moins cher ! Et les piètres danseurs, remuant du popotin et moulinant continuellement des mains, sont aux ballets russes ce que l’esthétique du plateau d’une télévision commerciale est à la palme d’or.

Si on se souvient du mot de Goethe sur Valmy « De ce lieu et de ce jour date une nouvelle époque dans l'histoire du monde, et vous pourrez dire : J'y étais. », il est généralement oublié son point de vue personnel sur la bataille exprimé juste un peu plus tôt : « Ainsi s'était écoulé le jour; les Français restaient immobiles; Kellermann avait pris à son tour une meilleure position ; on rappela nos gens du feu, et ce fut comme s'il ne s'était rien passé. »… comme pour ce spectacle.

Capitole de Toulouse - Les Fiançailles au couvent -Sergueï Prokofiev ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comCapitole de Toulouse - Les Fiançailles au couvent -Sergueï Prokofiev ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comCapitole de Toulouse - Les Fiançailles au couvent -Sergueï Prokofiev ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
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