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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Danse, #Europe, #Epoque contemporaine, #Racines, #Urbanisme
©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com
©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

Prémonition ou simple association d’idée suggérée par le titre du spectacle de Kader Attou, The Roots ? Je me remémorais récemment un des premiers spectacles de Hip-hop que j’avais vu en salle et qui sortait de la stricte performance : c’était en 1998 au Théâtre Lino Ventura à Nice, avec (si ma mémoire est bonne) Récital de Kafig chorégraphié par Mourad Merzouki. C’était un lieu : l’Ariane évidemment ! C’était une époque : j’avais osé parler des professionnels du Hip-hop provoquant hilarité et quolibets de la part de cadres de la Mairie de Nice et de l’Éducation nationale réunis… évidemment.

Aujourd’hui Mourad Merzouki et Kafig dirigent le centre chorégraphique national de Créteil et du Val de Marne et son ancien comparse Kader Attou et Accrorap, celui de La Rochelle. S’il y a eu une fois dans ma vie où je me suis délecté de la sottise humaine, ce fut cette fois là… et j’y repense fréquemment avec délice !

Kader Attou et ses onze danseurs reprennent l’histoire et les fondamentaux du Hip-hop et dès la première image, la lente construction de ce mouvement artistique se met en place. Apparaissant lentement du néant, un homme dans un fauteuil bancal se penche vers … un électrophone et les premières notes qui surgissent sont celles de Break Machine et son célèbre single Street dance qui a fait danser tout l’été non seulement la cigale que j’étais mais également la France de mes vingt ans. Le clip était à l’époque pour moi totalement hallucinant : une danse urbaine, de rue avec des noirs en baskets et jogging aux mouvements saccadés tournant parfois sur la tête. Inouï !

Ces quelques mesures arrêtées sur un scratch me replongent dans mes souvenirs : ce n’est plus une madeleine de Proust mais le paquet entier. Je m’intéresse du coup à ce personnage qui, engoncé dans son vieux fauteuil, commence à s’animer et à mettre en mouvement son corps, à danser sur son fauteuil, avec son fauteuil, au dessus de son fauteuil. Le mobilier bancal, sera suivi par un autre mobilier, tout aussi bancal, façon de rappeler d’où vient le Hip-hop, de ces quartiers que Plantu représentera, à l’époque, avec des tours de guingois, rafistolées. Les onze danseurs s’en amuseront d’ailleurs de ce mobilier dont ils amèneront les éléments sur scène montrant que le Hip-hop est aussi à l’époque une manière de mettre sa vie cul par-dessus tête, de chambouler les habitudes familiales, de transcender les interdits générationnels. Les onze, danseront sur les canapés, monteront sur la table, renverseront les meubles qui finiront comme les 33 tours par tourner en rond… sur la scène.

Quelque chose d’autre m’interpelle : les lignes sur scène ou sur le fond de scène qui servent de curseurs pour le placement des danseurs, dessinent autant de lignes de vie, d’errances, de reculs, de boucles. Combien sont-ils à avoir dansé le Hip-hop ? Combien sont-ils encore à le faire en amateur ? Combien en ont fait leur métier ? Leur carrière ? Combien ont arrêté d’en faire ? Combien s’y sont fourvoyés ? A eux tous, professionnels ou amateurs, danseurs d’un jour ou de toujours, le spectacle rend hommage.

Au milieu de ces routes, de ces mouvements par deux, par trois, par six, par onze, les onze interprètes inlassablement en invention et durablement en tension évoluent avec une précision d’horloger. Accompagnés d’une bande son multiculturelle, multiethnique empruntant aussi bien à la variété qu’à la chanson française ou aux musiques méditerranéennes, désarticulations, tremblements, spasmes, acrobaties, jaillissent de ces corps avec une extrême et paradoxale virtuosité. L’écriture chorégraphique de Kader Attou rassemble toutes les techniques du hip-hop auquel il sait joindre l’écriture circassienne ou une écriture chorégraphique qui reprend aussi les codes de la danse classique ou contemporaine, manière judicieuse de retirer le mouvement hip-hop d’une singularité pour l’insérer définitivement dans la continuité de l’histoire chorégraphique.

Je ne sais si le spectacle The Roots créé par Kader Attou et Accrorap en 2013 entrera au répertoire au même titre que Maybe de Maguy Marin, So Schnell de Dominique Bagouët, Le Sacre du Printemps de Vaslav Nijinski ou … Giselle, ou les Wilis (c’est quand même son vrai titre) de Jules Perrot et Marius Petipa mais assurément, l’énergie de la chorégraphie, le retour sur les origines du Hip-hop, l’immense qualité de l’interprétation en font une des œuvres majeures de ce mouvement en particulier et de la danse en général.

Pour ceux que cela continuerait de faire rire (mais je suis hélas persuadé qu’ils ne me lisent pas), comme au jeu de l’oie, reculez de six paragraphes !

The Roots - Kader Attou et Accrorap ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comThe Roots - Kader Attou et Accrorap ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.comThe Roots - Kader Attou et Accrorap ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

The Roots - Kader Attou et Accrorap ©Théodore Charles/un-culte-d-art.overblog.com

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