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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Opéra, #Moyen âge, #Bad boys, #Religion, #guerre, #Epoque contemporaine, #Europe
© Théodore Charles un-culte-d-art.overblog.com
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Événement à Monaco pour la représentation de Jeanne au bûcher d’Arthur Honegger. Curieusement, la Principauté, connue pour avoir été le lieu de création de 45 ouvrages lyriques et d’un nombre impressionnant d’ouvrages musicaux, n’avait jamais donné cette œuvre.

La première version pour orchestre de Jeanne au bûcher a été donnée le 12 mai 1938 à Bâle sous la direction de Paul Sacher avec Ida Rubinstein dans le rôle de Jeanne puis quelques années plus tard, toujours en Suisse, époque troublée oblige, en version scénique.

Jeanne au bûcher est un mystère lyrique ou un oratorio dramatique en onze scènes d’Arthur Honegger sur un livret de Paul Claudel. Comme il mêle voix parlées et voix chantées, de nombreuses comédiennes se sont investies dans le rôle de Jeanne notamment Mary Marquet, Ingrid Bergman ou plus récemment en 1992 Isabelle Huppert dans une mise en scène de Claude Régy. Il semblait donc normal que Marion Cotillard s’y risque … et il était visiblement vital pour la communication d’avoir une tête d’affiche tant la communication s’est faite sous son seul nom au point de se demander si elle n’avait pas écrit l’œuvre entière.

Signe de ces temps cinématographiques où elle fut créée ou relent mystique de Paul Claudel pour l’introspection ante-mortem ? L’action se déroule d’abord autour du bûcher sur lequel Jeanne attend la mort et fonctionne comme un flash-back, elle est ante-chronologique. Et ne vous attendez pas à une narration même ante-chronologique qui défile les faits. Le livret de Paul Claudel fourmille d’inventions, de périphrases, de métaphores.

Dans son Journal sans date paru en 1963, Gilbert Cesbron disait « Que l'évêque qui condamna Jeanne d'Arc se nomme Cauchon, que le gendarme qui brise la mâchoire de Robespierre s'appelle Merda, ce sont les clins d'œil que l'Histoire fait aux écoliers». Chez Claudel, le tribunal présidé par l’évêque Cauchon devient dans la scène IV : Jeanne livrée aux bêtes. Comme dans les fables, le tribunal prend les traits d’une basse-cour … mais sur musique jazz parodique. Autre exemple de la liberté prise par le librettiste, dans la scène VI : Les Rois ou l’invention du jeu de cartes, Jeanne devient la victime d’une partie de cartes dont les figures s’animent.

A l’auditorium Rainier IIII, un simple regard sur la scène encore vide permet de comprendre pourquoi l’œuvre est si rarement donnée : elle convoque sur scène un orchestre comprenant notamment trois saxophones, quatre trompettes, un célesta et les ondes Martenot, cinq chanteurs, douze rôles parlés dont celui de Jeanne, une centaine de choristes dont un chœur d’enfants. Plateau royal pour une simple bergère à l’ouïe fine.

Était-ce voulu ou non ? Une des premières musiciennes à entrer sur scène est la clarinettiste Marie-B. Barriere-Bilote arborant une chevelure incandescente version « bûcher pour hérétiques » qui sied merveilleusement au propos du jour. Comme elle occupe une place centrale dans l’orchestre, elle ne pouvait passer inaperçue.

A œuvre exceptionnelle, plateau d’exception : il faut que comédiens et chanteurs puissent à la fois habiter les personnages et « passer » au delà de l’orchestre. C’est bien là tout le problème du rôle de Jeanne qui doit conserver la fraicheur de sa voix juvénile et imposer ses arguments ce qu’arrive à combiner Marion Cotillard. Les deux sociétaires de la comédie française Eric Genovese en Frère Dominique et surtout le narrateur Christian Gonon grâce à leur timbre clair et leur voix bien posée se sortent plus facilement de la difficulté. Steven Humes, la basse, campe un héraut sonore et le ténor Thomas Blondelle qui n’a pas le rôle le plus évident incarne un Porcus hilarant et hélas terrifiant. Côté féminin, Marguerite (ma mère en bonne catholique aurait dit Sainte Marguerite) interprétée par la soprano Simone Osborne ou Catherine (ma mère en non-protestante aurait dit Sainte Catherine) à laquelle la mezzo-soprano Faith Sherman, prête sa voix ne déméritent pas mais n’habitent pas réellement le rôle et pourtant, le rôle des voix dans Jeanne d’Arc est primordial. Il faut dire qu’elles sont complètement éclipsées par la fantastique et sonore soprano Anne-Catherine Gillet qui montre que la Vierge est définitivement maîtresse en son paradis.

Les deux chefs de chœurs Lionel Sow pour le Chœur de l’Orchestre de Paris et Bruno Habert pour le Chœur d’enfants de l’Académie de Musique Rainier III ont parfaitement su appréhender l’œuvre. Reste le chef d’orchestre, le jeune Kazuki Yamada qui embarque l’ensemble du plateau artistique dans son enthousiasme qu’il chorégraphie de son pupitre et sa précision. Vite ! Vite ! Ne perdons plus de temps ! C’est ce chef qu’il faut à l’orchestre Philharmonique de Monte-Carlo.

Comme il paraît que Kazuki Yamada entretient, de surcroît une familiarité unique avec la musique française et notamment Maurice Ravel... Vite ! Vite ! Signez là, Maestro et avançons !

Auditorium Rainier III - Monaco © Théodore Charles un-culte-d-art.overblog.com

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