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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Opéra, #Epoque contemporaine, #Epoque moderne, #Bad boys, #Amour, #Europe, #Jalousie
© Opéra de Monaco
© Opéra de Monaco

Réunir deux opéras en un acte lors de la même soirée sur le même thème : celui de la jalousie permettait de découvrir Eine florentinische Tragödie (Une Tragédie florentine) d’Alexander von Zemlinsky d’après la pièce d’Oscar Wilde A Florentine Tragedy et de revoir Pagliacci de Ruggiero Leoncavallo.

Même thème, même chef d’orchestre Pinchas Steinberg, excellent dans les deux productions mais deux distributions et surtout deux metteurs en scène différents.

Créée à Stuttgart en 1917 Une Tragédie florentine est l’un des huit opéras d’Alexander von Zemlinsky, exilé aux États-Unis immédiatement après l’Anschluß de 1938. L’histoire se déroule à Florence au XVIème siècle chez Simone, un riche marchand qui découvre la liaison de sa femme Bianca avec le prince de Florence Guido Bardi. L’histoire se déroule dans un lieu clos et mise tout sur la psychologie des personnages. Le parti pris originel du metteur en scène Daniel Benoin sonne juste quand bien même une scénographie moins envahissante eût été la bienvenue. La couleur rouge omniprésente (les vêtements, les tentures, les cadres) ajoute de l’inquiétant à ces trois personnages qui s’observent, s’épient, se surveillent sans en avoir l’air. Et patatras ! Ce parti pris tombe aux deux-tiers de la pièce par l’apparition de soldats fascistes italiens, le déferlement de tentures inutiles et le décalage entre ce que dit la pièce et ce que dit la transposition qu’en a faite Daniel Benoin … le combat à l’épée devient suranné et l’annonce chantée de l’apparition du luth se transcrit scéniquement par une guitare … le fou-rire me guette ! L’œuvre met en interaction trois personnages. Si Zoran Todorovich en Guido Bardi, prince de Florence et Barbara Haveman en Bianca, sont dans leur rôle, vocalement en forme et convainquent le public de leur relation torride, Carsten Wittmoser n’est absolument pas à la hauteur du rôle majeur de Simone le négociant. Complètement dépassé par un orchestre qui le couvre, il contribue en étant inaudible par rendre la pièce inintelligible. Dommage … deux fois dommage pour une pièce intéressante et si peu donnée.

Changement de style, de lieu, d’époque, de plateau pour Pagliacci de Ruggero Leoncavallo. L’œuvre pourrait se scinder en deux parties : l’installation de la troupe et la mise en abyme se soldant par le faux-vrai meurtre dans une fausse-fausse pièce de théâtre. En résumé, du théâtre dans le théâtre avec une confusion des sens chez le personnage de Canio, jaloux aveuglé, qui joue sur scène le rôle de Pagliaccio. Dans cette histoire de tromperie à trois: le mari Canio, la belle Nedda et son amant Silvio… où chacun joue deux rôles, se joignent deux personnages qui n’ont rien de secondaire : Peppe (Arlequin dans la pièce) et le clown Tonio (Taddeo dans la pièce), fourbe véritable qui provoque l’apocalypse par désir de vengeance. Vocalement, musicalement, le plateau est irréprochable : dès son prologue, le baryton Leo Nucci, excellent en vieux clown Tonio, annonce l’exigence. Connu pour ses nombreuses interprétations de Rigoletto, il est en forme et cela s’entend. Dans ces conditions, le ténor argentin Marcelo Alvarez (Canio) que l’on a plutôt l’habitude de voir interpréter les duc de Mantoue, chevalier des Grieux ou autre Werther rivalise d’excellence avec son ainé et la soprano uruguayenne Maria Jose Siri (Nedda) ne se laisse pas distancer. Le baryton chinois Zheng Zhong Zhou (Silvio) ou le ténor Enrico Casari (Peppe) assurent vocalement transformant d’ailleurs la première partie en une succession d’airs que le public enthousiaste acclame et applaudit au risque de nous faire décrocher de l’interprétation de l’œuvre. L’excellence vocale a cependant un prix : le metteur en scène Allex Aguilera, plutôt inspiré en seconde partie semble s’être noyé en première partie dans un amoncellement scénographique étouffant l’interprétation de l’œuvre. En renforçant la mise en abyme faisant de nous des spectateurs de… spectateurs de théâtre et nous transformant en voyeurs du drame qui est en train de se jouer, Allex Aguilera finit par se sortir du piège qu’il s’est lui-même tendu. La première partie ne réserve aux chanteurs les plus comédiens, notamment Maria Jose Siri, que peu d’espace où s’exprimer, elle finit d’ailleurs par tourner en rond avec ses drapeaux ne pouvant plus se mouvoir. Concernant le plateau, si la plupart des chanteurs sont éminemment comédiens à commencer par le vétéran de la troupe, la piètre performance scénique de Zheng Zhong Zhou laisse à penser que la direction d’acteur aurait pu être davantage travaillée.

L’exercice n’aurait-il pas gagné en force si un metteur en scène unique dans une scénographie unique moins envahissante avait mené de front les deux œuvres à la fois si proches et si lointaine ?

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Opéra de Monte-Carlo © Théodore Charles un-culte-d-art.overblog.comOpéra de Monte-Carlo © Théodore Charles un-culte-d-art.overblog.comOpéra de Monte-Carlo © Théodore Charles un-culte-d-art.overblog.com

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