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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Théâtre, #Cirque, #Arts plastiques, #arts numériques
© Le Logoscope
© Le Logoscope

« Ainsi donc une masse amorphe en train d'éructer fut glissée pour nous dans le four stellaire, où durcissant elle s'est façonnée en vallées, crêtes, ondulations, crevasses… Et tous ces plans dès lors si nettement articulés, ces dalles minces où la lumière avec application couche ses feux, - sans un regard pour la mollesse ignoble sous-jacente. » Dans Le Parti pris des choses paru en 1942, Francis Ponge nous décrit … le pain, excellente métonymie pour vous rendre compte du concert numérique Abats en concert (tout un programme !) du groupe MRS (soit Musique Rythmique & Sportive), plateforme des arts sonores du Logoscope.

Vous êtes dans le potage le plus total ? C’est normal ! Explications :

Se référant ouvertement à Francis Ponge, le Logoscope est présenté par ses membres comme « un appareil scientifique imaginaire pour scruter le langage : sorte de microscope au service du territoire monégasque et de ses potentialités dans un monde globalisé (sic) ». Depuis 18 ans, il joue sur le double registre de la création et de l’expérimentation, accueille et accompagne les recherches artistiques de créateurs professionnels. Espace intermédiaire entre les lieux institutionnels spécialisés et la rue, Le Logoscope s’est construit autour de cinq plateformes : les Arts de la Scène, les Arts Sonores, les Arts Visuels, les Arts du Textile et les Éditions qui ne sont séparés que par un souci de maitrise des disciplines mais qui, à force de dialogues, aboutissent à la production d’une œuvre d’art aussi complexe dans sa forme que le monde qu’elle interroge.

Abats en concert est donc, outre la première célébration de la majorité de la structure, un des exemples de ce qui sort de cette usine à fabriquer l’imaginaire. S’il est mené par la plateforme des arts sonores (Jérôme Noguera , créateur lumière et vidéo, Micha Vanony, compositeur et plasticien et Sacha Vanony , compositeur et interprète), le projet associe deux plasticiens scénographes (Thomas Negrevergne et Arnaud Roland de la plateforme des arts visuels du Logoscope) et nous plonge dans l’univers merveilleux de la (mal)bouffe industrielle version concerto numérique pour plaques de cuisson à haut-parleurs, robots de cuisines et boyaux-marmitons.

Sur scène dans une cuisine de collectivité en inox bardée de plaques électriques, de frigos, de robots avec, en toile de fond, ce qui apparait comme un gigantesque chapelet de saucisses voire un méga-boudin sont discrètement insérés des ordinateurs portables et, bien visibles, quatre chefs prêts à en découdre.

Dans Les Temps modernes, Charlie Chaplin inventait la satire de la nouvelle division scientifique du travail, Les Deschiens dans Lapin chasseur opéraient une première incursion dans la cuisine, la compagnie bas-alpine Tout Samba’l avec Remue ménager nous avait plongé dans l’univers impitoyable des aspirateurs et autres objets électroménagers, le duo suédois Ola Simonsson et Johannes Stjarne Nilsson digressaient sur John Cage dans le court métrage Music for one apartment and six drummers puis dans le long métrage Sound of noise. Abats en concert combine tout ces éléments à la fois, possède l’adresse de Chaplin, le décalé des Deschiens, le pragmatisme de tout Samba’l et la capacité à la transformation des sons en musique des deux réalisateurs suédois, de leurs six batteurs et de leur ovni cinématographique.

Mais Abats en concert pousse d’un degré la réflexion. Loin de plagier, il prend appui, loin d’imiter, il intègre et il interroge à la fois le fond en questionnant nos sociétés sur leur capacité à s’automatiser, à s’industrialiser, à se robotiser et à résister à tout cela mais il interroge également la forme des œuvres d’art contemporaines ainsi que leur capacité à faire dialoguer techniques et langages d’horizons différents.

J’ai gardé le dessert pour la fin… cherry on the cake ! N’écoutant que mon courage, j’ai accepté le verre de Bloody Mary concocté industriellement sur le vif et sur scène pendant la représentation et proposé par Sacha Vanony himself ! Si j’écris, c’est non seulement que, contrairement à la Mary en question, j’ai survécu mais que la surcharge en tabasco a eu raison des microbes grippaux qui commençaient à m’envahir.

Mieux que l’antique Thermogène, toute œuvre du logoscope vous requinque … CQFD !

Abats en concert © Le LogoscopeAbats en concert © Le LogoscopeAbats en concert © Le Logoscope

Abats en concert © Le Logoscope

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