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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Musique, #Opéra, #Violence, #Bad boys, #Europe
[Musique – Anthéa – Antibes] Rigoletto ou comment un bouffon sauva la mise

Pour moi, Rigoletto est indissociablement lié désormais à Etienne Cassard joué par Jean-Pierre Bacri dans Comme une Image d'Agnès Jaoui. Pour étaler sa grande culture qu'il vient de tenter de s'acquérir à grands renfort d'argent, Etienne Cassard finit par confondre l'air de Gilda ou Caro nome de Rigoletto avec son pastiche Juanita Banana interprétée par Henri Salvador déguisé en cubaine en 1966. Dans le genre bouffon ...

C'est justement un autre bouffon, Rigoletto interprété par George Petean, qui a sauvé la production de l'opéra de Monte-Carlo mise en scène par jean-Louis Grinda. Non parce que le plateau était mauvais, bien au contraire mais tout simplement parce que Gabriele Viviani qui devait interpréter le rôle titre a jeté l'éponge quelques heures avant la représentation. Reprise donc au pied levé pour Georges Petean dans une mise en scène qu'il connaissait pour l'avoir joué ... en 2011.

Sans relecture révolutionnaire mais avec quelques petites touches dramaturgiques bien inspirées comme le changement de costume à vue de Rigoletto qui quitte ses habits de bouffon et la bosse qui va avec pour un frac standard, symbole de la séparation de la sphère publique et privée, la mise en scène sobre de Jean-Louis Grinda est admirablement servie par des costumes et une scénographie ingénieuse. Faite de constructions modulables qui tantôt s’imbriquent tantôt sortent de leur encoche pour constituer un balcon, une terrasse, etc., la scénographie permet de passer de l'intérieur à l'extérieur, il est presque regrettable que ce dispositif n'ait pas été poussé jusque dans ses dernières limites pour l'acte final.

Quant au plateau, il est de ces alchimies qui transforment le fer en or. Georges Petean a non seulement la voix mais également le jeu qui sied au personnage, tour à tour grinçant, pathétique, furieux. Avec le peu de temps qui lui était imparti, il s'est glissé dans le personnage sans aucun problème. Avec sa bouille facétieuse changeant totalement lorsqu'il est dans le dédain le plus complet, Jean-François Borras est taillé pour ce rôle même si je l'ai entendu plus en forme. Julia Novikova, très convaincante en Gilda, navigue vocalement et scéniquement dans ce microcosme. Karine Ohanyan, tour à tour nourrice et entremetteuse, manie le double jeu à merveille et Marie-Ange Todorovitch incarne une Maddalena suave et aguicheuse. Les courtisans dont Frédéric Diquero et l’irrésistible Guy Bonfiglio occupent l'espace et se donnent avec joie aux joutes libertines du duc.

Mais l'autre vraie surprise pour moi a été l'interprétation d'Andrea Mastroni dans le rôle de Sparafucile. Inquiétant dès sa première apparition dans la pénombre d'une rue, il joue de sa voix grave (peut-être un peu trop souvent mais je pinaille) pour glacer l'assistance. Très à l'aise dans les graves, je l'ai trouvé ...impressionnant dans tous les sens du terme. J'espère le réentendre prochainement.

Ce spectacle sauvé par un bouffon et porté par un duo de mauvais garçon (Un duc décadent et un «tueur à basse») est une réussite... comme quoi la multiplication de deux négatifs finit par un numéro positif.

Rigoletto de Verdi - Anthéa - Antibes

Rigoletto de Verdi - Anthéa - Antibes

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