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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Théâtre, #Europe, #Mythe, #Antiquité
[Théâtre - Fort Antoine dans la Ville - Monaco] Fougueuse Electre

Les comédiens déambulent sur la scène improvisée du fort Antoine avant le spectacle. Ceux qui sont venus pour voir des toges peuvent repartir : ce sera costumes actuels. Quelques seaux, quelques poubelles quelques pelles et balayettes, un transistor, jonchent le sol. Ceux qui sont venus pour les décors, le palais de Mycènes reconstitué, peuvent partir également.

Un transistor mal ajusté crache une mélodie qui évoque la Marseillaise. Instinctivement, dans ma tête, je chante « contre nous de la tyrannie, l’étendard sanglant est levé » et « Qu’un sang impur, abreuve nos sillons ». Pas de doute, Electre résonne toujours dans l’époque contemporaine. Clairement, Electre nous parlera à nous, contemporains de la comédienne, de nos problèmes de contemporains, qui semblent être les mêmes que ceux d’il y a deux mille cinq cent ans.

Six comédiens, quatre femmes deux hommes, pour sept rôles et le chœur des Mycéniennes dans le texte de Sophocle. Pylade et Egisthe s’effacent et une comédienne se mêlant au public représente le chœur.

Le texte est actualisé, le texte original de Sophocle est ainsi ponctué de références et dialogues nettement plus actuels qui ne font pas toujours dans la finesse. La chanson de Sabine Paturel, les Bêtise, interprétée par Chrysothémis pour parodier l’infernale Electre était-elle bien nécessaire là où un jeu de grimaces et une bonne gestuelle aurait pu faire l’affaire ? Le monologue au micro du précepteur joué par Julien Aubrun (difficilement audible par ailleurs) rythmé par la musique des danses polovtsiennes du Prince Igor de Borodine passe nettement mieux.

Les Érinyes sont sonores, leur cri est une longue lamentation, elles entourent le spectateur, deviennent récurrentes, ne lâchent pas prises. Les comédiens se lancent dans l’arène. Electre (Cyrielle Voguet) extériorise sa douleur s’asperge d’eau, de cendres, de terre rappelant la phrase du Président dans l’Electre de Giraudoux : « Cette enfant elle-même voit le défaut de votre argument. Sur nos fautes, nos manques, nos crimes, sur la vérité, s’amasse journellement une triple couche de terre, qui étouffe leur pire virulence : l’oubli, la mort, et la justice des hommes ».

Electre n’y croit plus. Croire. Soi, l’autre, la justice, le destin, les dieux, croire en quoi, croire en qui ? La mise en scène fait un détour par l’imagerie chrétienne avec la figure du Christ et une mater dolorosa comme pour mieux enfoncer le clou : les questions d’Electre sont toujours d’actualité.

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