Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

un-culte-d-art.overblog.com

Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Danse, #Afrique, #Epoque contemporaine, #Racines
[Danse - Salle Juliette Gréco - Forum Jacques Prévert - Carros] J’y suis allé

Salle comble à Carros pour le spectacle Ce que le jour doit à la nuit de la compagnie Hervé Koubi. Dans la salle, beaucoup d’enfants et de jeunes, beaucoup de familles. Il faut dire que la compagnie en résidence au forum Jacques Prévert a posé ses valises à Carros et a été au contact de la population pendant plusieurs semaines.

Chose inhabituelle, Hervé Koubi se sent obligé de prendre la parole avant le spectacle pour contextualiser sa création. Il parle de ses origines, de son prénom breton, de son père, de la vieille photo jaunie d’un vieil homme en costume traditionnel algérien qui est son grand-père, de sa double culture, de son voyage découverte en Algérie.

Douze danseurs émergent peu à peu d’un magma humain : ils s’extirpent les uns des autres comme un peuple qui apparaît de sa terre. Le groupe va ensuite évoluer parfois en deux groupes de six dans deux chorégraphiques parallèles sur le plateau, tantôt par plus petits groupes, ces groupes qui se retrouvent parfois en confrontation finissent pas intégrer la même chorégraphie d’ensemble puis par s’en détacher, à nouveau, un à un.

Toute la chorégraphie d’Hervé Koubi va jouer constamment sur cet aller-retour fait d’intégration et de sortie des corps dans le groupe. La présence extrêmement physique des danseurs va accentuer ce côté confrontation. Belle écriture pour représenter les vagues migratoires qui ont fabriqué l’Algérie, ses volontés de métissages, ses résistances à l’assimilation, ses moments de communion, ses instants dramatiques de tension, ses séparations.

La musique passe de la musique concrète (sons de cloches) à la musique baroque (stabat mater et quatre saisons de Vivaldi) ou à la musique traditionnelle arabe avec une facilité déconcertante et se comporte comme les corps, elle est alternativement concrète, européenne ou arabe, se confronte voire devient de temps à autre hybride.

Quant aux costumes créés par Guillaume Gabriel, il sont identiques pour tous et ressemblent à s’y méprendre à une acculturation : un pantalon blanc sorte de sarouel contemporain recouvert au dos par un pan de tissus blanc qui pourra à l’occasion servir de linceul.

Dans une dernière image sur un soleil couchant (Maghreb ne signifie-t-il pas pays du soleil couchant ?) les danseurs disparaissent très lentement dans la nuit sur une phrase lancinante d’un poète arabe reprise jusqu’à la nuit noire et dont la traduction française est « j’y suis allé ».

« Ce que le jour doit à la nuit » - Pièce chorégraphique pour douze danseurs de rue - Chorégraphie : Hervé Koubi - Création Musicale : Maxime Bodson - Musique : Hamza El Din par Kronos Quartet, Jean-Sébastien Bach, musique Soufi - Création lumière : Lionel Buzonie - Création Costumes : Guillaume Gabriel

Commenter cet article