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Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Europe, #Danse, #Théâtre, #Mythe
[Théâtre et Danse - Anthéa - Antibes] Et Phèdre se mit à danser une dernière fois

Phèdre, la dernière danse : l’alliance de la danse et du théâtre peut donner lieu certaines fois à une simple juxtaposition ou peut provoquer un mélange détonnant. C’est le cas pour cette production pour laquelle Eugénie Andrin, chorégraphe et Julie Desmet, metteur en scène de théâtre ont confronté leur approche et conjugué leur sensibilité.

Résolument contemporaine, la mise en scène redonne son sens politique à Phèdre : des informations télévisées zappées sur un mur d’images nous renvoient le contexte, le roi Thésée guerroie, le roi Thésée a disparu, le Roi Thésée est mort, le roi Thésée est de retour comme autant d’informations journalistiques qui n’en sont pas, comme autant de twitt.

La composition en elle-même alterne constructions chorégraphiques qui font ressortir les sentiments amoureux des différents personnages et scènes narratives avec le texte de Racine bien porté par l’ensemble des comédiens. Quand la communication ne passe plus, les alexandrins sont projetés, « promptés » sur des écrans.

La deuxième force de la proposition est d’avoir rendu à Phèdre, à Hippolyte, à Thésée, à Aricie leur côté extrêmement sensuel. La passion et les pulsions des corps sont très bien rendues. Que ce soit pour le rejet de Thésée par Phèdre dans le lit conjugal ou pour les amours fusionnelles d’Hyppolyte et d’Aricie sur scène, la chorégraphie des corps en dit plus que les mots.

Le texte et la chorégraphie sont portés par un excellent plateau de cinq comédiens-danseurs. Jean Guizerix campe un Thésée dans toute sa majesté, dans tous ses doutes, dans toute sa force, dans toutes ses souffrances. Eugénie Andrin et Gildas Diquero, avec l’extrême fluidité de leur corps, portent la partie chorégraphique au paroxysme de la sensualité.

« Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide » dit L’Horloge de Baudelaire. Le retour du roi Thésée entraine tout le monde vers le gouffre et le bruit d’eau qui coule lorsque Thésée entre dans son bain fait office de clepsydre. A ce moment, tout est consommé : les regards s’évitent, les alliances se dénouent, les traitrises apparaissent, les comédiens danseurs dans un mouvement mécanique à la Chaplin annoncent le dérèglement général. Hippolyte peut mourir contre son mur d’images symbolisant la mer et ses monstres marins, Phèdre peut trépasser sur le lit fatidique.

Phèdre, la dernière danse - chorégraphie : Eugénie Andrin - Mise en scène : Julie Desmet - Création musicale Mikhaël Gautier OP9 - Interprètes : Jean Guizerix, Eugénie Andrin, Julie Desmet, Gildas Diquero, Nathalie Laroche - Lumière : Jérôme Noguera – Costume : Pierre-Jean Beray - Production : Compagnie Eugénie Andrin en association avec la Compagnie Underground Sugar.

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