Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

un-culte-d-art.overblog.com

Blog de mes curiosités

Publié le par Théodore Charles
Publié dans : #Festival de Cannes, #Cinéma, #Violence, #guerre, #Extrême orient, #Enfance
[Cinéma - Festival de Cannes - Un certain regard] Une « Image manquante » pour tout reconstruire

Regardez cette image, serait-ce l'image manquante ! Que resterait-il de ce bel ordonnancement après le déferlement d'une boule de billard ? Un survivant. Ce n'est pas la boule de billard que Rithy Panh fait revenir de manière régulière dans son film comme pour le séquencer, ce sont les flots tumultueux qui emportent tout sur leur passage.

Après le film Un Sommeil d'or de Davy Chou en septembre dernier, Rithy Panh avec L'Image manquante revient sur le génocide cambodgien. Rithy Panh a déjà énormément travaillé sur cette thématique mais il l'abordait davantage par le système de destruction, par les tortionnaires. Si le film documentaire de Davy Chou se centre sur le cinéma et fait témoigner les artistes survivants, il est, compte tenu de son jeune âge, le témoin indirect du drame. Rithy Panh se centre dans L'Image manquante sur sa propre enfance, son propre vécu dans le Kampuchea démocratique. Et c'est sans doute un des facteurs de la puissante émotion du film.

Comme dans Nuit et brouillard d'Alain Resnais, les images de Rithy Panh sont accompagnées de bout en bout par un texte lu en voix off par le comédien Christophe Bataille. Quelles images mettre sur l'insupportable ? Quelle est l'Image manquante qui servira à témoigner ? Rithy Panh travaille donc l'image et, pour pouvoir recréer les deux univers qu'il a connus dans son enfance puis son adolescence, il passe par des personnages de terre cuite, petites figurines artisanales qui seront mises en scène et filmées. La famille, la joie de la vie à Phnom Penh, la déportation, les brimades d'après, seront présentées ainsi, entrecoupées par des images d'archives, des images de propagande, présentant le paradis égalitaire du Kampuchéa démocratique.

L'effet est garanti. Cette mise à distance à l'aide de figurines en terre de rizière, objets de notre enfance, cette mise en opposition avec les images d’archives où on voit une foule de travailleurs avec des instruments obsolètes travailler aux champs dans une boue mortuaire nous bouleverse plus que toute image d'archive tant de fois présentée.

Les personnages disparaissent de l'écran un à un, ils tombent comme dans les jeux de notre enfance sauf qu'ils représentent une chute ... pour de vrai.

Vingt-cinq ans après, la libération de la parole semble se développer parmi les survivants du Kampuchéa démocratique et si l'Image manquante n'existe plus ou n'existe pas ou semble vaine, il vaut mieux comme Rithy Panh, se fabriquer la sienne, celle de son propre ressenti ... pour en faire une arme mémorielle.

« L'Image manquante » - Film de Rithy Panh - Cambodge, France - 2013 - 1 h 35 - Sortie en France inconnue

Commenter cet article